fil de coton

Main crochetée

La somatisation est une réflèxe humain : trace d’exéma ou de psoriasis. Lorsqu’on se ment, la réaction physique est d’autant plus grande et désagréable. On cherche à la cacher, à se soustraire aux regards des autres. Rares sont ceux qui assument leurs faiblesses physiques et arborent fièrement leurs blessures. J’adorerais savoir à quoi sont liées mes démangeaisons. Éparses sur ma main, que veulent-t-elles me dire ? À quoi correspondent-elles lorsqu’elles se déplacent vers la gauche ? Je n’en sais rien alors j’en parle, je dis que ça existe, que c’est complexe et que ce n’est pas une science exacte. Je remets en quelque sorte en jeu cette réaction épidermique avec notre psychique dans des objets à la frontière du bijou entravent la main.
Crocheter est aujourd’hui un art textile quelque peu désuet. La technique traditionnelle ne m’a jamais été transmise, j’ai dû apprendre seule. Par instinct, je fais donc évoluer la maille autour de mes extrémités dans un geste manuel de façon spontanée. Je déforme et contraint par la maille. Grâce à cette technique qui structure s’apparentant aux ouvrages de dames, je crée un objet non normalisé, perturbant vraiment handicapant. La maille sur la peau crée une frontière avec l’extérieur pour protéger l’épiderme et elle le rend moins sensible. Je me suis focalisée sur la main car en plus d’être la partie de soi qui rentre le plus en interférence avec notre champ visuel, c’est aussi la plus utilisée au quotidien : écrire, créer ou encore appuyer notre parole. Dans sa fonction multiple constamment sollicitée, l’anatomie de la main est complexe. C’est pour moi une ressource intarissable de création et de réflexion.

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