Ma Terre, Ma peau

Exposition de Julie Laporte et Suzon Magné. Commissaire d’exposition Charlotte Magné. 2019

Que porte-t-on en nous ?

Par la fragmentation, la dislocation, le pliage ou encore les jeux de texture et de transparence, l’art recrée des espaces perdus, des paysages rêvés qui viennent révéler la face cachée de notre être et retracer un chemin des origines.

Le corps, alors, est un rivage. Une nouvelle terre.

Corps-paysage

La photographe Julie Laporte inverse les perspectives.

Zoomant à l’extrême sur certaines parties du corps de ses modèles dont elle isole des fragments, l’artiste fait des aspérités et des plis de la peau les véritables sujets de ses œuvres.

Grâce à des procédés photographiques anciens, associés à d’habiles transformations de la matière en chambre noire, elle révèle ce qui se cache derrière cette « peau photographique » dans de poétiques compositions.

Déconnectées de leur référant, les photographies de Julie Laporte semblent alors changer d’échelle et se métamorphoser en d’incroyables paysages. Nous n’avons jamais été aussi proches de la peau, et aussi loin à la fois. C’est une immersion dans l’épiderme à 2000 mètres du sol. Et l’on croit deviner les vallonnements, les champs, les rivières et les forêts dans les

volumes, noirs profonds et craquelures de la photographie : on est au-dessus du Lot ; on voyage à l’intérieur de notre corps en un vertigineux coup d’œil.

Libéré de sa pesanteur, le corps devenu abstraction donne naissance à d’infinies possibilités d’être. Voyage au cœur de la matière photographique et corporelle, l’œuvre de Julie Laporte ouvre le champ des possibles et libère la puissance de l’imagination.

Diplômée du Master Art contemporain et photographie de l’université Paris VIII, Julie Laporte est née en 1990. Elle partage son temps entre sa pratique artistique et l’atelier Cadre en Seine Atelier Choi à Paris, où elle est tireur-filtreur.

Terre d’héritage

Le corps chez l’artiste Suzon Magné fait l’objet de multiples métamorphoses. Il se tord, se fragmente et se recompose, par un jeu d’assemblages et de transparence, pour ne finalement laisser qu’une empreinte. Quelle est cette identité que l’on porte à fleur de peau ?

À travers la reproduction de tissus et de réseaux, dans une œuvre résolument organique, l’artiste cherche à comprendre cet épiderme à la fois protecteur et poreux, qui porte les sillons d’une histoire individuelle.

Elle tire le fil des expériences vécues, des généalogies, des lieux traversés, reconstitue les nœuds, les nerfs à vif, dans des compositions mêlant tissu, fils, verre et peinture, et des techniques aussi variées que la sérigraphie et la broderie.

Le corps mue et se souvient.
Il est une mémoire, que l’art ancre dans le présent.

Et l’on se perd dans cette délicate cartographie de l’âme que l’artiste imprime sur le papier.

Exposition pensé et présenté par Charlotte Magné

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